Effluves & environnement

Dans un article récent du Guardian au titre charmant, la journaliste anglaise Sali Hughes s’interroge sur les aspects de la production des parfums qui peuvent être améliorés, Perfumes with a conscience. Tout à la fois dans le flacon de parfum, la manière de l’utiliser et ce qui est à l’intérieur passe sous l’œil attentif du consommateur écolo. Les flacons sont-ils recyclables ? réutilisables ? Quel genre de matériau utilise-t-on pour l’emballage ? Les ingrédients sont-ils bio ? traçables ? produits dans le respect de l’environnement et de façon durable ?

Ce qui m’a vraiment surprise, c’est le flacon de parfum réutilisable. Peut-on aller à la parfumerie faire remplir son flacon de parfum préféré comme on va au magasin « en vrac » remplir sa bouteille de liquide vaisselle ? Moi, je le ferais ! Une marque anglaise, Ormonde Jayne, propose des flacons uniques où l’on peut choisir sa fragrance. Seul le nom de la marque est gravé sur le flacon, donc moins de gaspillage de verre avec la différenciation des produits. Une fois terminé ce flacon peut être rempli à nouveau avec le même parfum (avec une réduction de 20% sur le prix d’origine). Le flacon est en verre et véhicule une image de luxe. C’est juste notre geste qui change.

Du côté de la provenance et la qualité des senteurs, du soutien des producteurs de plantes aromatiques, certaines marques de luxe, comme Chanel et Guerlain mettent en avant leur engagement auprès des producteurs. J’habite à présent dans les environs de Grasse, terre d’excellence pour la production de la rose et du jasmin. Je suis très consciente de leur implication chez certains producteurs locaux. La Famille Mul est liée depuis 1987 à la Maison Chanel pour une partie de ses fleurs dont la Rose Centifolia qui entre dans la composition du N°5. Aurélien Guichard et sa marque de niche Matière Première viennent de planter deux hectares de rose autour de Grasse. Enfin certaines eaux de parfum sont faites de composants issus du développement durable, la rose turque d’Essential Parfums est certifiée « For Life ».

Certaines marques vont plus loin : l’utilisation exclusive d’ingrédients naturels, comme Honoré des Prés depuis 2008, un précurseur en la matière. En magasin bio, j’ai un penchant pour l’Eau d’Emeraude d‘Aimée de Mars composé d’huiles essentielles et d’eau de source. Des eaux de parfum sans alcool (chez Hermética), ou bien de l’alcool de blé bio, aucun élément synthétique comme chez Ormaie, ou Sillages. D’autres marques ont attiré mon attention : 1000 Flowers dont la créatrice est aussi spécialiste d’huiles essentielles qui a choisi de se concentrer sur des composants de qualité et durables, issus de petits producteurs. Elle a choisi d’éviter des mucs synthétiques, tels que le Galaxolide qui s’accumule dans l’organisme. Il y a aussi Acorelle et ses charmantes senteurs, Florame que l’on retrouve dans les magasins bio, et la marque 100Bon. Avec la présence grandissante des phtalates et perturbateurs endocriniens dans nos produits de beauté, nous pouvons essayer de nous pencher sur la liste des composants. Les labels Slow Cosmétique et Cosmebio sont de bonnes sources de renseignements.

Coté emballage, le verre des flacons est parfois en partie recyclé, et le cabochon parfois en plastique recyclé et recyclable, comme chez Aqua di Parma. Des emballages recyclables souples existent, chez Floratropia. Et le résultat est surprenant, comme pour les petites compotes à emporter !! Les bouchons en bois peuvent provenir de forêts renouvelables, comme pour la marque Ormaie. Le carton de l’emballage peut être aussi recyclable. Un atomiseur rechargeable, méthode utilisée par Tom Ford ou Guerlain depuis très longtemps avec les recharges plus écologiques des parfums classiques de Guerlain. Pour le recyclage des flacons, les grandes chaînes (comme Marionnaud par exemple ) reprennent parfois les anciens flacons en échange d’une réduction de 20% sur le prochain achat de parfum. Mais que font-ils du flacon vide?

L’industrie du luxe peut-elle s’adapter à une volonté de réduire son empreinte carbone ? Le parfum est issu d’un savoir-faire de grande qualité sans doute, mais doit relever le défi de continuer à faire rêver à un moment où il est urgent de changer nos habitudes. Un petit bout d’enfance, un souvenir de voyage, un grain d’élégance ou la senteur de son amoureux, tout cela dans un beau flacon, pour nous faire rêver. « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » disait le poète Alfred de Musset, et bien non, pas vraiment, pas si on a besoin de réduire son empreinte carbone.

Photo de William Bout sur Unsplash

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